Vos données IA sont-elles vraiment à vous?

(Ce que 94% des dirigeants canadiens ont compris — et vous devriez aussi)
Posez-vous la question: où sont stockées vos données d'entreprise en ce moment?
Si vous utilisez un outil cloud — CRM, comptabilité, analyse de données, IA — vos informations sont quelque part sur un serveur. Mais où exactement? Sous quelle juridiction? Qui peut légalement y accéder?
La plupart des dirigeants ne peuvent pas répondre à ces questions. Et selon une étude récente, 90% d'entre eux réalisent maintenant que c'est un problème.
Pourquoi 94% des dirigeants s'inquiètent
Une étude récente de Bell, réalisée par Harris Poll auprès de 207 décideurs TI de grandes entreprises canadiennes, révèle des chiffres qui devraient vous faire réfléchir:
- 94% craignent que des lois étrangères permettent à certains gouvernements d'accéder aux données hébergées par des entreprises technologiques sous leur juridiction
- 90% affirment que les pressions géopolitiques renforcent le besoin de garder les données sensibles au Canada
- 91% prévoient prioriser la souveraineté des données à mesure que leur utilisation de l'IA progresse
Ces dirigeants ne sont pas paranoïaques. Ils ont simplement lu les petits caractères.
Le Cloud Act: ce que vous devez savoir
En 2018, les États-Unis ont adopté le Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act (CLOUD Act). En résumé: si vos données sont hébergées par une entreprise américaine — même si les serveurs sont physiquement au Canada — le gouvernement américain peut légalement y accéder.
Microsoft, Amazon Web Services, Google Cloud: toutes des entreprises américaines.
Ce n'est pas de la théorie du complot. C'est la loi.
Pour une PME québécoise, ça signifie quoi concrètement?
Vos données clients, vos secrets commerciaux, vos analyses de marché — tout ça peut potentiellement être accessible à un gouvernement étranger. Sans votre consentement. Sans même que vous le sachiez.
Loi 25 + souveraineté = double obligation
Au Québec, on a notre propre cadre: la Loi 25 sur la protection des renseignements personnels. Elle impose des obligations strictes sur la collecte, l'utilisation et le transfert de données personnelles.
Voici le hic: si vous utilisez un outil IA américain pour traiter des données de clients québécois, vous naviguez entre deux juridictions avec des règles contradictoires.
La Loi 25 vous demande de protéger les données. Le Cloud Act permet à un gouvernement étranger d'y accéder.
Qui gagne? Pas vous.
Comment vérifier si vos données restent au Canada
Avant de paniquer, faites l'exercice suivant. Pour chaque outil cloud ou IA que vous utilisez, posez ces 4 questions:
1. Où est le siège social du fournisseur? Si c'est aux États-Unis, le Cloud Act s'applique — peu importe où sont les serveurs.
2. Où sont physiquement hébergées vos données? "Canada" n'est pas suffisant. Demandez la région exacte (Montréal, Toronto, etc.).
3. Existe-t-il une option "résidence des données au Canada"? Plusieurs fournisseurs offrent cette option — mais souvent à un coût supplémentaire.
4. Que dit le contrat sur les transferts internationaux? Cherchez les clauses sur les "subprocessors" et les transferts de données hors-Canada.
Si vous ne pouvez pas répondre à ces questions pour vos outils critiques, vous avez du travail à faire.
Ce n'est pas juste une question de conformité
Oui, il y a des risques légaux. Mais le vrai enjeu est stratégique.
Vos données sont votre avantage compétitif. Vos analyses de marché, vos patterns de vente, vos optimisations opérationnelles — c'est ce qui vous différencie de vos compétiteurs.
Est-ce que vous voulez vraiment que ces informations soient potentiellement accessibles à des intérêts étrangers?
Le gouvernement canadien l'a compris. C'est pourquoi le budget 2025 prévoit 925 millions$ pour bâtir une infrastructure canadienne de calcul en IA, incluant un "nuage souverain".
En attendant, c'est à vous de faire vos devoirs.
La souveraineté des données n'est pas un buzzword pour conférences. C'est une décision d'affaires que vous prenez — consciemment ou non — chaque fois que vous choisissez un outil cloud. 94% des dirigeants canadiens ont compris l'enjeu. Et vous?
Source : https://explore.business.bell.ca/artificial-intelligence-spotlight/bell-enterprise-ai-study-future-ai
Christian Boulet Fractional CTO | Boulet Stratégies TI